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La série d’articles qui va suivre s’intéresse à l’apparition et à l’expansion du transhumanisme dans le monde. Cette nouvelle branche des sciences humaines est de plus en plus active et propose à l’humanité un futur technologique. Avec elle, ce qui n’était que de la fiction devient progressivement une réalité : déjà des hommes vivent avec un système technologique incorporé. La réalisation du transhumanisme pose de nombreux problèmes philosophiques et sociologiques. N’est-ce pas perturbant de penser que dans quelques années on pourrait tous vivre avec un appareil électronique connecté sous la peau ? Et pourtant, nous ne pouvons plus vraiment exclure cette possibilité de notre futur… Avant d’en arriver là, essayons de comprendre les origines et les enjeux du transhumanisme.

photo : vicens gimenez info@vicensgimenez.com www.vicensgimenez.com +34 609273270 BarcelonaSi vous ne connaissez pas encore le nom de Niel Harbisson, vous serez heureux de savoir que cet individu est le premier cyborg officiellement reconnu sur notre planète. Un artiste anglais atteint d’achromatopsie, maladie du système visuel qui empêche de voir toute couleur, porte depuis une dizaine d’années un « eyeborg », mécanisme visuel qui capte les couleurs, les transmet sous forme de vibration contre sa boite crânienne, pour qu’elles deviennent finalement des sons entendus dans l’oreille interne de Niel Harbisson. Dans une interview accordée au magazine anglosaxon Dezeen en novembre 2013, il explique comment son rapport à l’eyeborg a évolué : dans un premier temps, il le voyait comme un moyen technique de recevoir des informations qu’il ne pouvait pas se procurer par lui-même, puis il a observé que cet accessoire changeait radicalement sa perception jusqu’à lui permettre de rêver en couleur et de ressentir des émotions qu’il ne ressentait pas auparavant. En 2004, sa lutte pour faire reconnaître son eyeborg comme une partie de lui-même est couronnée par l’accord des autorités anglaises pour le faire figurer sur son passeport. Cet homme cyborg, n’est pourtant pas le seul à pallier dès aujourd’hui à ses insuffisances par la technologie.

 

cyborg2f-4-webOn les appelle communément les « body hackers » (pirates du corps humain). Ils sont présents un peu partout dans le monde. Un exemple, la Grindhouse Wetware (GHWW) fondée en janvier 2012 à Oakland (Etats-Unis) est la première start-up de body hackers. Son fondateur, Tim Cannon, d’abord connu pour s’être implanté un aimant dans l’annulaire afin de ressentir les micro-ondes et les vibrations que l’homme ne ressent pas naturellement (et non simplement pour ne pas perdre ses clés ou ses pièces de monnaie !), s’est récemment implanté dans l’avant-bras gauche un détecteur de données physiologiques qui mesure de façon quotidienne ses données vitales : température corporelle, rythme cardiaque, pH sanguin, etc. Cette pratique que l’on pourrait croire isolée, expérimentée seulement par quelques mordus de technologie, de biologie ou de génétique, tend à s’étendre plus qu’on ne pourrait le croire, puisque des équipes de chercheurs s’appliquent à créer un détecteur semblable en forme de peau synthétique, qui, par chance et bon goût esthétique, ressemble moins à un Smartphone qu’on vous aurait glissé sous la peau.

D’où vient cet essor de la modification du corps humain par la technologie qui, comme le soutient Niel Harbisson, sera bientôt considérée non plus comme un accessoire de l’humain mais comme une partie de lui-même ?

Dans son acception la plus large, le transhumanisme serait la simple volonté d’aider l’homme en lui permettant des actions qu’il ne peut naturellement réaliser, notamment pour améliorer sa santé ou pallier à certaines de ses lacunes. D’où l’exemple de Niel Harbisson. Dans une acception plus idéologique, le transhumanisme serait l’avenir de l’humanité mais surtout un moyen de changer la nature humaine, de remédier à sa finitude, voire à sa mortalité.

gilgamesh_louvreAux origines de cette idée, le constat des limites de l’humanité dans ses actions, la crainte de la mort et de la vieillesse. Cette crainte vieille comme le monde rappelle un récit légendaire mésopotamien datant du XVIIIe siècle av. J.-C. qui raconte l’histoire du roi Gilgamesh qui, effrayé par la mort de l’un de ses proches, part à la quête de l’immortalité. Nombre de fables alimentent l’histoire de la déploration de la nature humaine : fontaine de jouvence pour les Grecs, élixir de jeunesse ou de longue vie pour les alchimistes. Le désaveu de la finitude qui pousse l’homme à faire des erreurs, qui lui refuse certaines fonctionnalités, ne date pas d’une époque précise et touche à tous les domaines : philosophie, biologie, physique, histoire, chimie, technologie… Chacun a apporté sa propre conception de la nature humaine, tout en ne pouvant se dérober au triste constat de ce qu’elle n’est pas.

 dr faustus 1663

Illustration pour le Doctor Faustus de Marlowe

le trans- humanisme a pour but est de guider vers une condition posthumaine, attachée au progrès et à l’anticipation des changements de nos vies

En produisant une théorie de l’évolution, Charles Darwin a en quelque sorte « autorisé » la pensée selon laquelle l’espèce humaine n’en serait pas au stade définitif de son évolution. Dès l’acceptation de cette théorie, tous les futurs étaient permis. Cependant, ce n’est vraiment qu’aux XIXe et XXe siècles que le rôle de la science dans l’amélioration de la vie humaine est vivement reconnu. On loue les avancées scientifiques, les apports de la génétique et de la biologie pour la guérison de certaines maladies. On espère surtout que la science pourra prolonger l’espérance de vie – et ne l’a-t-elle pas fait !? Progressivement dans les années 1960, le terme d’avancées scientifiques s’élargit aux découvertes technologiques. Le transhumanisme, né des mots du biologiste Julian Huxley qui définit en 1957 le transhumain comme un homme qui transcende sa propre nature, a pour but d’améliorer la qualité de l’homme. La reprise technologique du mouvement entérine la définition actuellement entendue du transhumanisme : son but est de guider vers une condition posthumaine, attachée au progrès et à l’anticipation des changements de nos vies. L’ouvrage de Max More, Transhumanism : a futurist philosophy (Transhumanisme : une philosophie futuriste), publié en 1990, inscrit la pensée transhumaniste dans l’histoire des sciences humaines résolument tournées vers le futur.

 

transhumanism_hCette redéfinition du transhumanisme opérée par l’inscription de la technologie s’effectue autour du rapport à l’homme. S’il s’agissait au début d’améliorer ses capacités dans le respect de son intégrité, de l’éthique et des morales religieuses, aujourd’hui, le transhumanisme ne s’intéresse plus à l’humain en soi mais à ses possibles, à ce qu’ils seront après le surpassement des limites de son humanité. Le nouvel homme, appelé aussi « homme 2.0 » laisse loin derrière lui la notion de surhumanité proposée par Nietzsche : il ne veut pas accomplir de volonté de puissance ni s’épanouir dans son humanité, il veut en sortir. Même la fable du meilleure des hommes ne lui est pas suffisante. Il ne s’y transcende plus mais sort de son humanité limitée pour devenir autre chose. Il est posthumain ou encore H+ (plus qu’un homme). Illimitée, cette nouvelle nature, érigée contre la première, n’est pas définie puisqu’elle n’est pas donnée, précise. Elle est quelque chose à inventer sans cesse et sans réserve. Ce sont les enjeux de cette évolution voulue contre la nature que nous allons tâcher de comprendre dans cette série d’articles sur « le transhumanisme, un état contre-nature ».

 

Avant même de devenir une part de nos vies, l’essor de la technologie a été repris par la littérature et par le cinéma. On s’est mis à imaginer de nouvelles machines qui pourraient compléter l’être humain, voire même des surhommes (les héros traditionnels, des hommes incroyables, ayant été délaissés au profit de super héros plus qu’humains) dotés de pouvoirs qu’aucun épanouissement de l’homme dans sa nature ne saurait apporter. Avec la montée de la pensée et des actions transhumanistes, c’est la fiction qui se réalise. Les cyborgs, personnages fantasmés dans les BDs ne seront peut-être bientôt plus que nos voisins, nos enfants, nous. Le prochain article, « Réalité et (science-)fiction : cyberpunk, transhumanisme et cosplay », s’intéressera à ce passage de la fiction à la réalité, de l’imagination artistique aux perspectives futures.

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Artwork pour Deus Ex : Human Revolution

Suite du dossier

Ouvrages conseillés pour aller plus loin :

Plutôt général :

transhumanism-symb-greenAnonyme, Transhumanisme, ebook gratuit en ligne sur le transhumanisme

http://www.lincoste.com/ebooks/pdf/sciences_sociales_et_humaines/philosophie/transhumanisme.pdf

 

Plutôt contre :

9782818502822Jean-Michel Besnier, Demain les posthumains, Paris : Fayard, 2012

 

 

 

 

Plutôt pour :

9782916571805-arretait-vieillir_gDominique Coeurnelle, Et si on arrêtait de vieillir, Paris : Fyp Editions, 2013

Commentaires

  1. Loin derriere la conception Nietzscheen ? au contraire le transhumaniste à une volonté de puissance absolue, la plus importante de Nietzsche, le trans humaniste veut devenir dieu car la place est vide, il est plus Nietzschéen que jamais ou alors je n’ai pas saisi les enseignements du plus grand maître de l’humanité. Le surhomme de Nietzsche, possède l’amour de soi le plus profond qui soit, il va vers sa vision de la puissance,toujours, la maîtrise totale de la nature, l’être humain selon Nietzsche est un pont vers « dieu »/ »surhomme » sous entendu comme la puissance la plus grande atteignable par une entité dans un espace temps donné, il y a énormément de type de surhomme différent, Nietzsche sépare bien le surhomme humain, incroyablement supérieur aux autres hommes dans sa capacité a s’auto épanouir, et la surhumanité qui s’est trouver un but.

    1. Loin de la conception nietzschéenne, ni devant ni derrière, parce que le surhomme, comme vous l’avez écrit, est un homme qui étend le pouvoir de son humanité. Le mouvement transhumaniste ne cherche pas, dans son sens large, à combler l’humanité mais à en sortir, à dépasser ses limites. La différence que l’on voit donc entre le post-humain et le surhomme, c’est que le post-humain s’épanouit au dehors de l’humanité, alors que le surhomme s’épanouit à l’intérieur. Après, les comparaisons au démiurge tiennent dans les deux orientations, puisque l’on compare l’homme à Dieu chaque fois qu’il enfreint la nature : le surhomme voudrait être un dieu humain, le transhumain, autre chose qu’un humain.

      1. Vous n’avez pas saisi le fonctionnement de la volonté de puissance et comment ce principe s’avère être l’essence de toutes chose, au contraire le trans-humaniste dans son désir d’être plus qu’un humain est plus humain que jamais. ceux que Nietzsche désigne par « trop humain », c’est les gens( de la masse) qui se nuisent à eux même en ayant une vision de la puissance décadente et communément admise, Nietzsche nous demande de revenir à ce qui est vraiment humain, et non pas vers l’humain de la vision de la masse, victorieux par le nombre, pour économiser mon clavier, je vais vous donnez 1 lien qui va vous permettre d’y voir plus clair très rapidement :

        Pour raison de trolling philosophique massif et compulsif, les liens proposés par Kami Orlov à seule fin de promotion personnelle ont été enlevés (ndlr).

        1. Je vous remercie de ces références, c’est très généreux de votre part. Mais je tiens tout de même à rappeler à quel niveau je me situe quand j’écris que les « humains 2.0″ ne veulent pas être des surhommes, à savoir que je traite de celui de leurs revendications, et non de la nature ou de l’essence du transhumanisme. Ce débat se tient à deux niveaux, ce pourquoi vous pensez que je n’ai pas compris Nietzsche : il y a ce que l’on veut être et ce que l’on est. Cet article de présentation porte sur les volontés du transhumanisme, pour les différentes interprétations, je vous donne rendez-vous dans deux articles !

  2. Mr Bhom

    Premièrement Nietzsche est garant de l’évolution vers plus de puissance que cela soit chez l’homme, le poisson ou la pierre, je ne suis pas sur que Darwin voit les chose comme cela.

    Deuxièmement Nietzsche cherche la santé dans tous les sens du terme et je dis bien tous les sens, même ceux qui n’existe pas encore. il sait juste tirer profit de la souffrance et des nouvelles perspectives qu’elle donne, comme il le dis lui même, « quand quelque chose me nuis, je devine le remède » ecce homo je ne sais pas quel paragraphe :)

    Et si je systématise c’est bien parce que nietzsche « m’a » appris, que le contraire d’un systeme est un système lui aussi, dans son sens pratique, et c’est cette meconaissance qui nuie au fait de créer un système parfait. Nietzsche à sa propre vision du concept systeme et du coup sa propre definition du terme , il doit simplement être multicolore, dynamique, en evolution constante c’est à dire un systeme qui veut devenir plus puissant constament, apprenez que le langage chez nietzsche est le pire ennemi de l’homme car l’ensemble de nos systèmes de pensée sont basées sur lui, outil technique inestimable mais qui n’est pas au point, du moins pas chez tous le monde. du coup c’est comme des mains invisibles qui nous empêche de faire exploser l’incroyable potentiel de notre cerveau, il est pas chez moi le préjudice désolé, et les liens ne vous serviront pas à grand chose vous y mettrez beaucoup trop de votre perspective.

  3. Un troll philosophique ? le problème ici c’est que vous ne comprenez tellement pas ce que je dis, que je dois vous inonder d’informations et de référence(que j’ai deja posté plus haut en plus) , je dois être à vos coté au moment de la lecture des passages important, vous montrez, l’importance de ce qui est dit et l’importance de ce qui est sous entendu, c’est du travail et je n’aime pas travailler.

    la philosophie de nietzsche choisit son lecteur et mon cher, vous n’avez pas réussi à la séduire.

  4. bon je vais être gentil, je vais vous enseigner mais j’aimerais des excuses plus tard.

    Votre probleme c’est que vous voulez associer une forme que vous puissiez saisir dans votre esprit au concept puissance alors que sa forme ne dépend que de la perspective que vous lui donnez.

    Exemple : un être superieur selon certain c’est quelqu’un de généreux, ces gens vois de la puissance dans la générosité et par conséquent pour devenir un être superieur il vise la générosité. ce qui est important c’est que quoi qu’on fasse , toutes nos actions / instincts sont connectes à notre vision de ce qu’est la puissance, une bonne soeur sacrifie ses instinct les plus puissant, les plus naturel pour dieu car elle voit beaucoup de puissance dans dieu, la puissance ne depend que de la perspective que nous en avons, moi je vois beaucoup de puissance dans le transhumanisme, donc j’essais d’etre transhumaniste car j’y vois beaucoup de puissancee mais ça aurait pu etre le football ou la drogue c’est pas important.

  5. bon je vous remet les liens parce que vous etes aveugle et sourd

    Pour raison de trolling philosophique massif et compulsif, les liens proposés par Kami Orlov à seule fin de promotion personnelle ont été enlevés (ndlr).

  6. Eh bien, voilà une discussion bien animée !
    Monsieur Orlov, pour en revenir au point de départ, il me semble que la position de mademoiselle Balogog est que le surhumain nietzschéen tient à l’expression du jeu particulier des puissances traversant et modelant les Hommes tandis que le transhumanisme vise à changer les capacités physiques humaines et s’inscrit donc sur un plan différent.
    On peut bien sûr disputer de cette position mais cela implique un débat et non un cours magistral. Vous posez en tant que « plus intelligent du groupe » mais vous avez omis de nous éblouir par votre génie … Martelez votre article et votre suffisance tant que vous voulez, l’argument d’autorité (surtout si l’autorité est la sienne) n’a que bien peu de valeur ici. Quant à se draper dans une paresse léonine et une incompréhension du monde à l’égard de votre auguste personne, voilà davantage une marque de cuistrerie que d’élévation d’esprit.

  7. M jean Charles Ray vous débarquez dans le debat avec un verbe haut donc je me dis, faut pas que je le sous estime , voyons voir et boom vous dites une absurdité, vous avez perdu tout crédit devant moi encore plus rapidement que M Bohn que je respecte pour son adversité aveugle.

    Le trans-humaniste ne vise pas que le changement « physique » de l’homme, il tend vers tous types de changement qui augmente sa puissance, cela passe avant tous par un changement de système de pensée (sauf si une neuroplastification de haut niveau peut être considérer comme un changement physique) venez pas jouer dans la cour des grands si d’entrée vous ne maîtrisez aucun des sujets abordé ici svp.

  8. Et ça c’est pour « finir » M. Bohn

    WIKIPEDIA :

    La Volonté de puissance[modifier | modifier le code]

    Cet article ou cette section doit être recyclé.
    Une réorganisation et une clarification du contenu sont nécessaires. Discutez des points à améliorer en page de discussion.

    Aucun texte publié de Nietzsche ne donne de manière complète et précise la signification de l’expression volonté de puissance. Malgré cette absence de définition claire, l’étude précise des textes, et surtout des fragments posthumes, a montré la grande cohérence de la pensée de Nietzsche jusque dans l’emploi des guillemets1.
    Afin de permettre à chacun de lire les passages où il est question de ce concept, nous donnons ici (après une détermination générale du concept) le plus grand nombre de références possibles, ainsi que de larges extraits de textes parmi les plus importants.

  9. allez y Monsieur Bohn à présent je veux connaitre votre définition de la volonté de puissance absolue

  10. ce que vous comprenez pas M.Bonh c’est que si vous avez une meilleur definition que la mienne et que j’en prend conscience, vous aurez des larmes de joie de ma part et une reconaissance encore plus grande que celle que j’ai pour le plus grand genie que mere nature a pu pondre .

  11. Bon dernier essai ensuite je me barre

    Je vais vous demontrer quelque chose grace à votre égocentrisme.

    Si je vous dis que dieu n’existe pas, cela ne veut pas dire que dieu ne pourrait point existé dans le futur, pour connaitre la réponse à cet énigme il suffit de s’en référer à se qu’on voudrait qu’il se passe. ne voulez vous pas, un monde ou VOUS ETES DIEU, si le monde est comme le génie d’aladin, voudriez vous être milliardaire ou être DIEU TOUT PUISSANT, moi je choisi d’avoir les pouvoir absolue, la jouissance éternelle, et si guerres et souffrances doivent être le prix de cet ideal qui pourrait durer des milliard d’année, puis recommencer a nouveau selon le principe de l’eternel retour ?
    Tous ce que je dis c’est que vous n’avez encore rien vu, ni même ressenti de ce qui se trame vraiment.
    Tous l’univers se démène pour devenir dieu, et les ennemis de mon idéal n’ont plus beaucoup de temps avant devenir mes amis.

  12. Bonjour,
    Point de départ intéressant, mais si je peux me permettre une critique — il me semble que vous ne définissez pas vraiment le transhumanisme. Par conséquent (du moins si je regarde les quelques mots que vous y consacrez en milieu d’article), j’ai beaucoup de mal à voir la différence entre le transhumanisme et la simple confection d’outils. Comme vous avez dû vous en rendre compte en utilisant des couverts, ou même une canne ou une béquille, le cerveau humain a tendance à très vite s’adapter à ces instruments, et les considérer comme une extension de son propre corps. Un aveugle et sa canne blanche ne serait-il donc pas déjà transhumain ? Après tout, il « transcende » (un terme qui mériterait lui aussi d’être défini) sa « nature » (idem — qu’est-ce que la nature pour un être humain ?) d’aveugle pour améliorer sa vie.
    On peut d’ailleurs ne pas s’arrêter aux outils matériels et continuer avec l’immatériel, comme la pensée logique, les sciences, les mathématiques : le raisonnement par équations est-il « naturel » ? (Et pour pousser jusqu’au quasi-absurde : « transcende »-t-on la nature lorsqu’on utilise les mathématiques pour construire un cadre aussi contre-intuitif que la physique quantique… qui pourtant permet de décrire la nature bien mieux que la physique classique, intuitive ?)
    Et pour finir de poser le problème de la définition du transhumanisme : sachant que l’utilisation d’outils est attestée chez d’autres espèces d’animaux voire d’insectes (singes, corbeaux, dauphins, castors… peut-être pourrait-on même aller jusqu’aux toiles des araignées), ne devrait-on pas alors parler de « trans-animalisme » ? ;-)
    Tout ceci pour dire qu’une définition plus claire serait, je pense, utile.
    Merci.
    JC

  13. […] La différence principale que je retiendrais ici entre le transhumanisme et le cyberpunk concerne le rapport que chacun de ces mouvements entretient avec l’homme. Dans l’univers cyberpunk, malgré l’atmosphère décadentiste et la dystopie, les fictions répondent à des lois de préservation de l’humain. Certes, le monde y est partagé entre des hommes, des cyborgs, des robots et des androïdes qui évoluent dans un univers violent, sombre et pessimiste, mais les récits portent sur une critique de l’homme et sur un questionnement manichéen de ses actions. Dans son roman Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? (plus connu sous le nom de Blade Runner et par son adaptation cinématographique du même nom par Ridley Scott en 1982), Philip K. Dick met en scène un personnage, Rick Deckard, chasseur d’androïdes (appelés Nexus-6) à San Francisco, qui, tout en accomplissant sa mission, s’interroge sur ce qui différencie fondamentalement l’humain de l’androïde. Sans raconter toute l’histoire, notons que ce personnage tue quantité d’androïdes avec un sang-froid remarquable, alors que ces mêmes androïdes sont dits différents de l’homme par leur froideur émotionnelle. Cette œuvre laisse le lecteur pantois, ne sachant pas si Rick Deckard était en fait un Nexus-6 programmé pour se penser humain ou s’il n’y a finalement pas de différence entre humain et androïde. Dans le transhumanisme, on ne se questionne pas sur ce qui différencie l’humain du robot ou du cyborg, tout d’abord parce que ces entités n’existent pas en tant que telles dans le réel, mais aussi parce que le transhumanisme a déjà sa propre définition de l’humanité : une espèce biologiquement limitée qui voit son sésame dans la technologie (voir à ce sujet l’article Les origines du transhumanisme, une humanité décevante). […]