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Le Google « Lab » du Cultural Institute à Paris : mécénat, monopole ou médiation artistique ?

Screenshot construction of Eiffel Tower french

Inauguration du Lab de Google Cultural Institute : faut-il y voir une entreprise de mécénat, la constitution d’un monopole sur l’art, ou une médiation effective et bienvenue ?

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Si les médias ont semblé ne s’intéresser qu’à l’absence de  madame Aurélie Filippetti, Ministre de la Culture et de la Communication, lors de l’inauguration du Lab de Google Cultural Institute, les questions essentielles sont ailleurs : ce lieu propose-t-il réellement un nouveau service ? Le discours officiel de démocratisation de l’art pourra-t-il être mis en oeuvre ? Faut-il y voir une entreprise de mécénat, la constitution d’un monopole sur l’art, ou une médiation effective et bienvenue ? Ces réflexions restent pour l’heure entre les mains, le clavier et les souris de Google et des internautes.

Une stratégie de démocratisation de la culture ?

google-cultural-instituteLa numérisation de dizaines de milliers œuvres muséales par Google Art Project divise : si certains y voient une visée résolument philanthropique, d’autres se montrent plus réticents face à une telle initiative, dont le fond reste de dématérialiser et de décontextualiser l’objet d’art. Toutefois, l’identité de l’œuvre est-elle véritablement remise en cause lorsqu’elle est revitalisée par un médiateur d’une si grande ampleur ?  Le géant américain, comme on aime le nommer, offre avant tout l’accessibilité aux chercheurs, étudiants et amateurs d’art qui, sans limite, peuvent interroger ou tout simplement apprécier les pièces d’une grande qualité visuelle. La méfiance de certains est également nourrie par la crainte de la lente agonie des musées… A cela on peut répondre que l’œil est un premier mouvement avant que le corps ne se rende tout entier dans les lieux où, malgré tous les progrès du digital, rien ne saura remplacer le contact direct aux œuvres ! La peur d’un art désincarné par le numérique serait donc quelque peu extrême… Cependant, la numérisation est-elle la seule solution pour démocratiser l’art ? On constate quelques réticences du côté des professionnels du milieu muséal… Le Centre Pompidou et le Louvre, les deux musées refusant de s’associer au projet de Google Cultural Institute, ont notamment augmenté leur nombre de visiteurs en délocalisant avec le Centre Pompidou Metz et le Louvre-Lens, pariant sur une autre stratégie, offrir un contact avec les œuvres d’art à un public qui n’avait d’autre choix que de se déplacer (ce qui revient à “aller à Paris”), de consulter des ouvrages ou sites internet les reproduisant.

La Culture, nouvel écran publicitaire.

Theoria, partisan de la libre diffusion de la culture et convaincu de la fertilité du projet, ne peut qu’affirmer son soutien, mais on ne peut assister et participer à ce perpétuel souffle de vie dans le domaine des arts sans que Google affirme sa volonté scientifique. Le projet ne doit pas se présenter comme la vitrine des œuvres, mais bel et bien comme une bibliothèque, un centre de documentation, des plus attractifs. L’aspect publicitaire resterait encore prédominant par rapport à la scientificité du dessein, d’où certainement la réticence à y adhérer des deux célèbres musées français, le Louvre et le Centre Pompidou, avec la volonté sans doute de garder en leur sein des œuvres qui constituent, après tout, leur fond de commerce.

Numérisation et propriété intellectuelle : le forcing de Google.

Le Cultural Institute est une boîte de Pandore. Google ouvre les portes de ce que les médias nomment le plus grand musée du Monde. Il reste tout de même une vraie boîte de Pandore à retardement ! La question de la fiscalité, de la propriété intellectuelle, les contentieux avec le monde de l’édition (notamment avec la mise en ligne d’ouvrages via Google Books), sont autant de problèmes auxquels la société américaine ne pourra échapper si elle souhaite être considérée comme une véritable plateforme culturelle et non comme un monstre anthropophage…. Tout dépend des appétits de Google et de notre fermeté à résister au fruit défendu et toxique de la cyber-vulgarisation ! On compte sur le Lab, premier lieu physique du Google Cultural Institute, avec ses conférences et ses expositions, pour garder les pieds sur terre et la tête dans les pixels…

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Justine Souque

Justine Souque

Diplômée en Histoire et Histoire de l’art, enrichie de ses diverses expériences professionnelles dans des institutions et entreprises culturelles, Justine note dans son agenda les dernières expositions et événements en tout genre afin de les partager sur web. Rédactrice en chef adjointe en charge de la rubrique "Le Lecteur" et Community Manager pour Theoria, elle considère cette revue comme un espace d'écriture où elle peut exprimer en toutes lettres ses passions.

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